« Jamais assez maigre » témoignage d’une ancienne mannequin

Posted By Fanny Reynaud on vendredi 29 janvier 2016 | 0 comments


En début de semaine, je tombe par hasard sur le témoignage de Victoire Maçon Dauxerre, ancienne mannequin, qui témoigne avec courage de l’enfer qu’elle a vécu.

Après visionnage de plusieurs vidéos et lecture de plusieurs articles, je me dis « Bravo à elle ! » puis retourne à mon quotidien. Aujourd’hui je vois à nouveau passer sur les réseaux sociaux plusieurs informations « Barby change ses mensurations », « En Suède, des boutiques ont décidé d’installer des mannequins avec des tailles et silhouettes « réalistes » », etc. Ce sujet est crucial et j’aimerais en tant que femme témoigner de mon expérience du milieu de la mode, qui est beaucoup plus tendre que celui de la haute couture que raconte Victoire dans son livre « Jamais assez maigre », mais tout de même.

Dans les studios de location…

J’ai 20 ans environ, comme tous les élèves en cursus de photographie, on me demande d’expérimenter les différents milieux de la photographie. Je fais donc un stage dans un studio de location à Paris moins grand que les géants comme Pin-Up ou Daylight qui a l’époque dominent Paris – où je me suis fait refoulée car trop timide et mal à l’aise sans savoir trop pourquoi à la base. Je pressens déjà des valeurs sombres, peut-être…

Il y a cinq plateaux, les photographes se succèdent chaque jour. J’y rencontre des photographes qui ont marqué mon esprit par leur esprit créatif comme Stéphane Martinelli. Sébastien Chabal vient un jour poser pour une campagne d’assurance, je le trouve adorable. Bref il y a beaucoup de bons moments même si en tant que stagiaire qui ne connait pas tout le matériel je me fais souvent railler :  » On a oublié les alims pour ce shooting, non ? – Ce sont des Pro7b, retourne en cours ma petite ». Je me souviens d’assistants qui eux étaient très prévenants et qui m’ont beaucoup appris.

Et puis il y avait les shootings mode…

Un jour on a besoin d’une personne pour tenir la charte (un élément permettant de conserver la réalité des couleurs) : je me propose. Le retoucheur « fait son gris » puis rigole et me dit « olalah tu as le visage complètement dissymétrique ». Je ne dis rien (un stagiaire ne dit rien) mais pense « cela tombe bien je ne veux pas être mannequin, je fais 1,57m et vous emmerde ». Malgré tout on me passe au scanner, parce que c’est un milieu d’hommes qui détaillent les femmes dans leur moindres formes. J’ai quelques kilos en trop à l’époque, je suis complexée. J’entends leur pensées « tu es mignonne mais un peu grosse ».

Les mannequins ne mangent rien pendant les pauses déjeuner, au mieux un fruit. Je les sens malheureuses.

Et puis il y a ce shooting : deux mannequins posant dans des robes légères face à 8 hommes – photographe, DA, DC, directeur marketing etc… Que des hommes ! Le photographe beugle, il est mécontent, les filles « ne se lâchent pas ». On leur propose des alcools forts pour se détendre. Je me demande si le photographe est lui-même sobre ou non. Cela me choque, vraiment. Surtout car cette phrase fait rire tous ces hommes. J’en discute ensuite avec une assistante qui me raconte « Oh mais ça c’est rien  : un jour un photographe est arrivé avec 4 heures de retard et a demandé à une stagiaire mineure d’aller lui chercher sa coke à Saint-Denis, la pauvre n’osait pas dire non jusqu’à ce qu’on intervienne ». La mode : alcool, cocaïne, drogues en tout genre, hommes irrespectueux de mannequins faméliques… Ce jour-là je fais une croix sur la mode, le peu que j’en ai vu me suffit.

Le témoignage de Victoire Maçon Dauxerre

Revenons à Victoire et résumons son histoire. Elle est repérée dans la rue alors qu’elle est accompagnée de ses parents. Un chasseur de tête lui promet du rêve, il peut faire d’elle une grande mannequin. 1,78m, 56 kg : lors de son premier casting on lui dit « la fashion week est dans 3 mois, tu dois rentrer dans une taille 32 ». Ce qui est insidieux c’est qu’on ne lui dit pas de maigrir explicitement.

mannequin-maigre

Elle remplace ses repas par 3 pommes par jour, mais cela ne suffit pas, elle finit par avoir recours aux laxatifs puis aux lavements pour atteindre 47 kg. « Je tenais à l’adrénaline des défilés. Être sous les projecteurs vous galvanise, vous dope. Et l’anorexie vous donne aussi un sentiment de puissance. Mais, un jour, je me suis évanouie en traversant la rue à New York. J’ai vu les buildings tourner autour de moi. ».

« On me voulait, certes, mais maigre. J’étais belle parce que j’étais maigre. C’était ma seule valeur. Mais plus je maigrissais, plus je me sentais grosse. L’anorexie est un cercle vicieux. Et l’ironie, c’est que l’on me demandait de maigrir alors que mes photos étaient la plupart du temps retouchées. On me rajoutait des cuisses, des joues… » … du 32 pour les défilés, mais pas assez de formes pour les photos : comble de ce métier !

Elle passe de l’anorexie à la boulimie à chaque fois que son agent l’appelle, par peur, et finit par faire une tentative de suicide. A l’hôpital le bilan est alarmant : elle n’a plus ses règles depuis près d’un an et il y a risque de stérilité, les os et ces dents sont ceux d’une femme de 70 ans. Aujourd’hui elle raconte son histoire dans son livre « Jamais assez maigre, journal d’un top model », et témoigne à la radio, à la télé. Son témoignage a surtout été lu devant le Sénat afin en avril 2015, ce qui a conduit à l’adoption d’une loi interdisant d’embaucher des mannequins trop maigres (en-dessous d’un IMC de 18,5. Victoire, elle, avait un IMC de 14,8, soit un état de famine).

Pour conclure

Chaque femme, dès son plus jeune âge, est soumise aux dictats de la société.

Ce « pavé » déstructuré est une mise en garde aux jeunes femmes et adolescentes qui rêvent de devenir mannequin : attention à ne pas gâcher votre jeunesse. Même si le milieu est en train de changer, il reste impitoyable et dégradant. Il est possible d’exercer le mannequinat dans mes milieux moins durs que celui de la mode, où l’on recherche des femmes dont les mensurations sont respectueuses de la réalité. Cessons de glorifier ces créateurs qui disent haut et fort que les femmes ne sont que des cintres !

C’est aussi et surtout une invitation aux femmes à aimer leur corps et leurs formes. Combien d’amies autour de moi me disent qu’elles ne plaisent pas parce qu’elles ne rentrent pas dans une taille 36..?..

Dans le cadre de mon travail de photographe de portraits, je reçois des femmes pas toujours à l’aise avec leur corps, et les invite à reprendre confiance en elles grâce à une séance photo, en les photographiant telles qu’elles sont, sans jamais user de la retouche pour les déformer ensuite.

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